"Après l'occident, ce sont les pays voisins qui repousseront les migrants Guinéens si

la jeunesse ne prends pas son destin en main"

Président

NOUVELLE

Le recit de l'arrestation de l'Almamy Samroy Touré selon Jacques Germain

La capture de Samory

 

.... la politique française à l'égard de Samory se révélait pleine de contradictions au point de provoquer de vives discussions à la Chambre des Députés. Certains pensaient que Samory fixé à Dabakala pouvait être cantonné dans un domaine réduit et considéré comme inoffensif. En même temps on traitait avec lui

comme avec une Puissance. L'Administrateur Nebout était chargé d'une mission de Paix auprès de lui. Samory l'accueillait avec des égards mais essayait en même temps de traiter en sous- mains avec les Anglais de Gold-Coast. Mais son fils Sarankéné Mori, contrecarra les vues de son père en massacrant un détachement anglais près de Bouna et peu après, une colonne française commandée par le Capitaine Braulot (20 août 1897).

 

Ces événements mirent fin aux tergiversations. On décida d'en terminer d'abord avec Bademba de Sikasso qui avait pris le contre-pied de la politique de son prédécesseur, notre allié Tiéba.

Sikasso fut pris d'assaut par le Colonel Audéoud le 1er mai 1898.

 

Deux colonnes furent immédiatement formées. La première se dirigeait sur Kong par la Haute- Comoé et une seconde, plus importante, marchait sur Tiémou. Il ne fallut que deux mois pour que tout le pays entre Bagoué et Bandama ainsi que le Ouorodougou fussent purgés des Sofas commandés par Kémokho Bilali. Samory entre le 3 et le 18 juin rassembla son armée, sa « smala

» et ses « impedimenta » à Séguéla, soit 120 000 personnes dont 12 000 sofas avec trois canons et ses troupeaux. Il mit huit jours à traverser la Férédougouba et voulut se rapprocher du Sierra- Leone d'où il pensait recevoir de quoi refaire ses forces. Le 13 juillet il était à Touba et tentait de prendre ses cantonnements d'hivernage à Doué.

  

A ce moment, la région militaire sud était commandée par le Lieutenant-Colonel Bertin qui, pour boucler le filet autour de Samory, dépêcha un détachement de cent tirailleurs vers Kong au cas où l'Almamy aurait reflué vers l'Est.

 

Le Commandant de Lartigue succéda au Lieutenant-Colonel Bertin le 1er juillet 1898. Les forces dont il disposait face à celles de Samory ne lui permettaient apparemment pas de régler son compte à celui-ci et d'assurer la pacification de la Région.

 

D'un côté les Français pouvaient mettre en ligne la 1re Compagnie de tirailleurs du Lieutenant Woeffel réduite à cent hommes, la 3e Compagnie du Capitaine Gaden avec deux cents hommes et une section mobile d'artillerie du Lieutenant Jacquin avec deux pièces.

 

De l'autre côté, l'Almamy avait 4 000 Sofas armés de fusils à tir rapide, 8 000 possédaient des armes blanches ou des fusils à pierre et il s'y ajoutait 2 000 cavaliers. Tous étaient organisés en unités recevant les commandements en français et marchant au son des clairons pris à la colonne Braulot. En outre, parmi les 120 000 personnes qui le suivaient du Ouassoulou à la Haute-Côte-d'Ivoire et de celle-ci à nouveau vers l'Ouest, se trouvaient des hommes, des captifs armés de fusils à pierre au nombre d'environ 8 000 sans organisation, que l'on peut qualifier d'irréguliers.

 

Le Commandant de Lartigue apprenant la présence de Samory à Doué forme une colonne de 248 hommes avec le Capitaine Ristori, le Lieutenant Woeffel et le Docteur Boyé. Le 20 juillet 1898, il tombe sur les meilleures troupes de l'Almamy à Doué. L'issue du combat fut

incertaine et c'est à l'intervention du Sergent Bratières avec 60 tirailleurs vers midi que l'on dut le rétablissement de la situation. Un coup d'arrêt avait été donné à Samory. Mais nos pertes étaient lourdes, les munitions presqu'épuisées et les réserves inexistantes. La reconstitution des forces et des approvisionnements exigeait un retour sur les bases de Touba et Beyla.

 

La situation de l'Almamy n'était pas plus brillante : on est en plein hivernage, les fleuves grossis sont pour beaucoup infranchissables, il n'a pas réussi à atteindre le pays des Toma, ses alliés, et par eux la frontière de Sierra-Leone pour le moins bienveillante à son égard. Devant lui, c'est la Forêt, mais celle des Kono, des Manon et des Dan qui vont lui être hostiles et qui ont une réputation d'anthropophagie. Cependant Samory n'a plus le choix qu'entre la reddition et le refuge dans la Forêt du Sud. En effet, il avait envoyé son griot Diali Toumané et le Marabout de Soukouréla à Touba pour se plaindre de la chasse qui lui était donnée et protester de son désir de paix. En fait, il pensait ainsi amuser de Lartigue, qu'il croyait toujours à Touba, assez longtemps pour rétablir sa situation. Les Sofas commençaient à déserter et à se présenter aux postes français : en une semaine 500 à Beyla, 200 à Odienné, 1 000 à Touba. Samory envoya ses fidèles contre les fuyards et fit couper la tête tous les prisonniers.

 

De Lartigue envoie sa réponse : les fils de Samory, Saranké Mori et Moktar doivent se constituer prisonniers, les sofas livrer armes et munitions, puis Samory se présenter. Lecommandant promettait la vie sauve et demanderait aux autorités supérieures que l'Almamy puisse résider à Sanankoro.

 

Samory qui avait dû évacuer Doué pris par les Guio ou les Dan, faisait face aux Manon. Il razziait avec méthode la lisière de la forêt, se heurtant à ce qu'Arcin appelle la puissante confédération Guéré-Guerzé (op. cit., p. 603) et qui est en réalité la chefferie de Guéasso (cf. eh. IV, p. 102). Il ne peut aller jusqu'à Lola et fait occuper Tounkaradougou par Saranké Mori. Il ordonne à Fourouba Moussa de s'emparer de Dienifesso. En fait, ce dernier est battu à Gourouma par les tribus forestières et Samory dut envoyer Koundi Keleba qui occupa le village évacué.

 

Les instructions du commandement étaient de rejeter Samory vers le Libéria. Le Commandant de Lartigue faisant valoir qu'il fallait à tout prix éviter une jonction de l'Almamy et de ses alliés Toma, soulevés contre nous par le chef Sofa Marigui Cissé, proposa un plan d'enveloppement pour resserrer Samory dans le quadrilatère formé par le Bafing au Nord, la Férédougouba à l'Est, le Cavally à l'Ouest, les forêts, les montagnes et les populations forestières au Sud.

Le Colonel Audéoud approuva ce plan. Samory s'est déjà enfoncé dans la forêt.

Le Commandant de Lartigue ne va pas lui laisser de répit. La Compagnie du Capitaine Ristori reste basée à Touba pour barrer la route du Nord sur le Bafing tandis que de Lartigue recevait des renforts dont un détachement commandé par le Capitaine Gouraud. Une reconnaissance vers le Sud est dirigée par le Lieutenant Woeffel, qui est renforcé de la compagnie d'auxiliaires du Capitaine Gaden. S'il ne réussit pas à stopper les Sofas sur le Cavally, il les arrêtera sur le Diani.

 

A son tour, le Commandant quitte Beyla le 11 septembre et apprend le 14 le succès remporté par le Lieutenant Woeffel à Tiafesso (9 septembre). Celui-ci, grâce aux renseignements fournis par les indigènes, se porte sur le Cavally que les Sofas se disposent à franchir, coupe du fleuve leur avant-garde et obtient la reddition de 25 000 personnes dont 2 000 Sofas ainsi que de leurs chefs : Kounadi Keleba, Fourouba Moussa et Sabou.

 

Le Capitaine Gouraud qui fait partie de la colonne décrit ainsi la progression :

 

« Notre route continue par des chemins de plus en plus mauvais. Le 15 nous entrons dans la grande forêt vierge qui s'étend jusqu'à la côte, avec ses arbres énormes, son ombre pesante, ses lianes, ses fourrés impénétrables, ses ravins à pic, ses boues gluantes, ses rocs, ses racines coupant le sentier, ses arbres centenaires couchés en travers du chemin et surtout ses marigots vaseux où l'on s'enfonce jusqu'au genou »  

 

C'est en effet à Lainé, dans le Konodougou, que de Lartigue et Gouraud pénètrent véritablement dans la forêt. Ils sont à N'Zo dans le Vépo au pied du Mont Nimba, le 20 septembre. Ils y font leur jonction avec Woeffel et Gaden.

 

Apprenant par les chefs faits prisonniers à Tiafesso le caractère désespéré de la situation de Samory, bien que ne pouvant pas situer avec exactitude sa position, le Commandant de Lartigue décide d'en finir.

 

Une reconnaissance, sous les ordres du Capitaine Gouraud avec 220 tirailleurs, fut lancée avec ordre de rabattre l'Almamy sur le Cavally. Elle était encadrée d'officiers dont certains portent des noms célèbres :

 

  • Capitaine Gaden (futur gouverneur et spécialiste de l'étude des Foulbé)
  • Lieutenant Mangin (frère du Général qui lança la division coloniale depuis Villers- Cotteret et enfonça les positions allemandes)
  • Lieutenant Jacquin
  • Docteur Boyé.

 

L'encadrement était complété par l'Adjudant Brail et les Sergents Bratière, Maire et Lafon.

 

Le Commandant de Lartigue et le Lieutenant Woelffel avec deux cents tirailleurs devaient alors attaquer Samory, pris dans la pince.

 

Le 24 septembre, la colonne s'ébranle, elle traverse le village de Guiro en ruines après avoir franchi le Cavally. En ruines encore, le village de Niaralassou atteint le 26 et où, au milieu des cadavres en putréfaction laissés derrière lui par Samory, on découvre une femme fugitive de la suite de l'Almamy : elle indique que celui-ci se trouve à Denifesso. La colonne atteint ce village à marches forcées. Samory n'y est pas mais le village abrite une centaine de fugitifs qui ont abandonné Samory à la suite du combat de Tiafesso.

 

Une patrouille arrête un Sofa qui a quitté trois jours auparavant les femmes de Samory dans une diassa située au sud-est 131, l'almamy se trouvant, lui, dans un campement voisin.

 

Le Capitaine Gouraud décide la marche vers le Sud. Le 27 septembre, la reconnaissance franchit le M'lé, affluent du Bafing, qui a débordé considérablement. Les villages et les pistes sont toujours encombrés de cadavres en putréfaction abandonnés par les Sofas. Gouangooulé, Zélékouma, l'objectif semble se rapprocher : on tombe sur un pare à boeufs récemment évacué, une diassa de femmes également. Des traînards indiquent le Nord-Est comme axe de la fuite de Samory. A trois heures de l'après-midi on atteint un vaste campement qui ne semble pas abandonné depuis plus de quarante huit heures.

 

Le lendemain, la colonne rencontre un sofa: celui-ci ayant compris que Samory voulait reprendre le chemin de l'Est et non pas traiter avec les Français de Touba comme il en avait publiquement manifesté l'intention, a déserté. Il donne des renseignements précieux : Samory se garde au Nord mais pas à l'Ouest croyant que les cadavres sur la piste constituent un obstacle infranchissable.

 

A Guélémou se trouve la « Smala » (ou Dembaya en malinké). Derrière Guélémou sur un petit mamelon, la case de Samory entourée de son campement. La garde ne serait assurée que par une vingtaine de sofas.

 

Le Capitaine Gouraud désire prendre l'Almamy vivant pour détruire sa légende et n'en pas faire un martyr, donc pas de combat.

 

Une escouade s'interposera sur la piste entre le village des femmes et le campement de Samory. Une section (Lieutenant Jacquin) traversera le camp sans tirer et coupera la piste de Touba. Une autre (Capitaine Gaden) s'assurera de la personne de l'Almamy.

 

Le 29 septembre 1898 se terminera l'aventure de Samory commencée trente ans auparavant. Partie de bonne heure, la colonne vers 7 heures débouche sur des pentes dénudées et découvre une vallée verdoyante. L'horizon est barré par une longue croupe boisée derrière laquelle montent les fumées d'un campement. Les choses se déroulent comme prévues. Les tirailleurs traversent le campement des femmes en silence et atteignent le camp de Samory : les femmes cuisent le repas, d'autres tiennent un marché de manioc, l'Almamy assis lit le Coran. Il ne prend pas le temps de s'armer ni de sauter en selle et fuit vers la piste de Touba qu'il pense gardée par ses fils. Reconnu par les tirailleurs, il court mais ne peut s'échapper et est fait prisonnier par le Sergent Bratière, rejoint par la Section Jacquin.

 

Après un premier mouvement de stupeur, les Sofas tentent de se ressaisir et sortent en armes mais le Lieutenant Jacquin ramène Samory à sa case le revolver sur la tempe : l'Almamy ordonne alors aux Sofas de déposer les armes. A ce moment, le Capitaine Gouraud arrive avec la réserve. Il essaie d'obtenir la reddition pacifique de Sarankégny Mory et de Moktar, les fils de Samory en grand-garde sur la piste de Touba : ils viennent faire leur soumission l'après- midi.

 

La première femme de Samory, Sarankény se rendit à la tête de toutes les autres avec leurs enfants : plus de cinq cents personnes.

 

Sur les 120 000 personnes que traînait avec lui Samory, et qui avaient pénétré en forêt, 50 000 seulement avaient survécu.

 

Le retour se fit par une autre piste avec toute la Dembaya et le Trésor. Le M'lé est retraversé le 3 octobre. Les tirailleurs doivent protéger la Dembaya que guettent les guerriers des populations traversées pour se procurer des captifs ou même de la viande fraîche. Gouraud rapporte qu'à Gourouno le médecin doit soigner des femmes qui avaient eu le gras du bras emporté d'un coup de coutelas donné par des anthropophages dissimulés sur les bas-côtés de la piste et qui, n'osant pas attaquer par suite de la présence des tirailleurs, se servent rapidement.

 

Le 9 octobre, la traversée du Bafing marque la sortie de la Forêt et la jonction est faite à Guéasso avec le Commandant de Lartigue, lequel s'est porté au-devant de la colonne Gouraud en apprenant la capture de l'Almamy : le 17 octobre, c'est le retour à Beyla.

 

Les populations qui avaient dû évacuer le Ouassoulou pour suivre de force l'Almamy dans ses pérégrinations, sont réinstallées dans la Région de Kankan, Bissandougou, Kérouané. Deux mille sofas sont envoyés aux travaux de construction du chemin de fer de Kayes.

 

Samory et les principaux chefs sont dirigés également sur Kayes auprès du Colonel de Trentinian qui avait remplacé le Colonel Audéoud. Samory est assigné à résidence au Congo où il meurt le 2 juin 1900. Nombreux furent ses fils qui servirent dans l'armée française comme sous-officiers ou comme officiers.

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